cartomancie

"Voir", c'est plus qu' écouter...voir, c'est sentir et ressentir. Puis c'est savoir dire...

La semaine dernière, avant de démarrer la consultation, il m'a été demandé : "Mais d'où vous vient votre don ?".

Comment dire, sans passer pour une personne fantaisiste et discréditer tout mon travail : "Je n'ai pas de don".

Et pourtant, c'était la seule réponse honnête à fournir et donc la seule réponse fournie. Je n'ai pas de don. Chacun peut le faire.

Cela suppose juste de savoir écouter. Alors le mot "écouter", comme le mot "voir" prend une dimension particulière. Il ne s'agit pas seulement de voir avec les yeux et d'écouter puis d'entendre avec les oreilles. Cela suffirait pour être simplement fine psychologue. La plupart des praticiens qui agissent de la sorte sont de vrais manipulateurs, et donc des dangers pour l'être en position de faiblesse.

Non, il s'agit de voir et d'entendre au delà des mots exprimés, avec l'âme, avec le coeur, avec cette espèce de sixième sens que chacun est en droit de laisser s'exprimer. C'est la rencontre de deux émotions : celle du consultant qui émet une demande et la mienne qui reçoit cette énergie plus ou moins construite.

Je ne vois pas, je sens et je ressens. Pour quelqu'un dont l'odorat n'est pas le sens le plus aiguisé, c'est assez amusant.

A la fin d'une consultation, j'ai les doigts "métalliques", c'est-à-dire chargés de l'énergie laissée par la personne. Ce sont mille aiguilles qui me picotent juste au niveau des doigts, ou plus généralement au creux des mains jusqu'au poignet, voire plus exceptionnellement le long des bras. Je dois me laver longuement les mains pour me débarasser de cette sensation, me décharger. Parfois, il me faudra aussi les secouer ou les passer plusieurs fois au dessus d'une flamme.

Quand ce que je ressens est trop glauque, je récite une prière....Et si ça ne me fait pas de bien à moi, ces mots issus de la tradition judéo-chrétienne accompagnent la personne sur son chemin de vie une fois l'entretien terminé.

M'interrogeant moi-même sur l'origine de ces sensations, j'ai pensé un temps que le fait de rencontrer les gens imprégnait les voyants, à travers une perception kinesthésique des corps.

Mais cette théorie s'est pris une claque à partir du moment où j'ai pratiqué la voyance par internet. Je ne vois pas le consultant. Mes perceptions le dessinent à travers ses mots, à travers sa question. Je n'aime pas que sa question soit trop détaillée, car là je ne ressens pas autant la personne. Elle s'impose trop à moi. C'est pourquoi je demande juste une question claire, le prénom et la date de naissance. Histoire de "capter" l'autre.

Il m'est arrivé de ne rien ressentir à la lecture de la question... Niet niet nicht nicht que dalle.... Là j'ai besoin d'une photo, soit du consultant, soit du lieu concerné, soit de la personne concernée.... Et là le déclic se fait sur mes supports (tarots, oracles), mes yeux imprégnés de l'image mémorisée.

Une image, puis un film se tracent dans ma tête, brumeux comme un souvenir ancien  ou comme un rêve nocturne qui s'échappe au réveil.

L'autre jour, c'est un prénom qui s'est mis à résonner dans ma tête. Parfois, c'est un lieu, ou une profession. Cela me laisse assez coite. Car je n'ai pas le manuel de décodage fourni avec. Donc j'en parle ou j'écris et le consultant me donne les clés de ce "flash" impromptu.

Ces images me viennent aussi à la lecture des lames sur un sujet donné. Pour autant, je ne suis pas médium. Ou alors, je le suis et je l'ignore. Mais je n'ai pas de flash à la commande.

Non, je ressens généralement la tournure des rapports humains et leur devenir. Et lorsque je ne fais qu'un avec mon support, qu'un message m'est délivré d'on- ne- sait- où et que je touche en plein dans le mille lors de sa délivrance, j'ai la peau qui frissonne et le coeur qui s'emballe, comme gonflé de joie. Après je pète la forme, nourrie de la communion survenue entre la consultante et "je-ne-sais-qui" par le truchement de mes cinq sens.

C'est un moment de grâce.

Je me souviens encore de l'émotion ressentie il y a quelque années à la lecture d'un post d'une de mes consultantes, venue me dire ce qu'il était advenu de mes prédictions.

Elle sollicitait mon regard sur sa vie professionnelle et sentimentale, son activité démarrant juste et son grand amour l'ayant quittée depuis plusieurs années. Elle avait du mal à reconstruire sa vie et faisait une fixette sur son ancien compagnon, qu'elle ne voulait plus voir sans pouvoir passer à autre chose néanmoins. Difficile d'avancer.

En plein tirage sur le domaine professionnel m'est venu un message concernant sa vie sentimentale. Je voyais son ancien compagnon revenir vers elle, dans peu de temps, pour mettre un point final à leur histoire. Je la voyais être en colère puis lui ouvrir, sa porte, son coeur et son lit. Qu'ils recommenceraient quelque chose ensemble, qu'elle l'aimerait et qu'il l'aimerait profondément et qu'elle passerait à autre chose ensuite, peu après. Bizarre.........Basiquement je me suis demandé si tout cela avait un sens. Revenir pour s'aimer et tout finir. Je voyais une libération pour elle, une délivrance et un retour à l'équilibre dans le temps. Pour lui, je voyais une immense fatigue et une affection intacte, si ce n'est plus forte encore, le tout porté par une résolution sans faille : la retrouver.

Six mois plus tard, elle venait m'annoncer sur mon forum ce qui s'était réellement passé. Il était revenu. Effectivement. Il avait mis trois mois pour revenir dans sa vie. Et la vie avait laissé trois mois à cet homme pour aimer sa femme et lui dire au revoir. Il est décédé emporté par une longue maladie. Elle m'a remerciée car sans mon tirage, elle m'a dit qu'elle lui aurait claqué la porte au nez. Que la consultation qui lui conseillait d'écouter ce qu'il avait à lui dire ou qu'elle le regretterait amèrement, lui avait permis de choisir cette option alors que son coeur était plein de rancune.

Qu'elle avait vécu les trois plus beaux mois de sa vie. Qu'elle l'avait accompagné jusqu'au bout et qu'il avait rendu son dernier souffle dans ses bras.

Qu'elle se sentait mieux, complète, libérée, aimée. Qu'elle devait se remettre de son départ mais qu'elle était désormais confiante dans l'avenir.

Eh bien là, je me suis sentie toute petite. Un dégrippant dans l'horlogerie de sa vie. Je me suis sentie triste et heureuse à la fois. Triste pour eux et en même temps, je me sentais pile poil à ma place, utile. C'était juste beau comme dans une histoire du style de "love story" (oui, je suis une fille...sans être tartignolle, on ne se refait pas).

 

Et ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres. L'animation bénévole d'une forum de voyance amène à des rencontres formidables et pour peu que l'on souhaite s'affranchir ensuite du virtuel, à des amitiés solides hors de la toile. L'humain prend le dessus sur cette ère mercantile.

Le franchissement du pas vers l'exercice de cette activité de manière professionnelle n'y a rien changé, contrairement à mes craintes.

Ce n'est pas l'aspect tarifé de ce que je donne qui me rend mercantile et déshumanise le rapport avec autrui pour autant. Je suis la même. Je peux dire non. Je ne suis pas un maître à penser, ni un gourou. Si tu as le nez qui coule, mouche toi ! N'attends pas que je te le dise. Moi, mon rôle c'est de t'aider à situer les mouchoirs si tu es perdu dans tes éternuements.....

Je ne suis pas non plus à acheter. Si il y a perte de valeurs parfois, c'est en raison du sentiment libérateur que donne le paiement d'argent à certains consultants pas très nets avec autrui, avec eux-mêmes et avec ce qu'ils veulent savoir. Mais ce sentiment là de mépris de l'autre et de mépris de soi, je l'ai aussi ressenti lorsque je pratiquais de manière bénévole. Alors...Je me lave juste les mains jusqu'au coude ensuite et j'y réfléchis à deux fois avant de retirer les cartes à la personne par la suite. Il faut qu'elle soit en souffrance pour que je sois de nouveau apte à écouter, voir, ressentir et entendre. Et apte à formuler la réponse à la question sans jugement ni parti pris parasite.

Cela me rend peut-être meilleure aussi.. Qui sait ?